DEMOCRATES EN PERIL
QUELQUES RÉFLEXIONS À PROPOS DES RÉSULTATS DES ÉLECTIONS EUROPÉENNES
AU DELÀ DU MODEM
Inutile d’être un spécialiste pour constater que l’information principale concernant ces élections était que 59,5% des français inscrits ne sont pas allés voter. Si l’on ajoute 4% de nuls ou blancs on peut compter que les listes n’ont recueilli les suffrages que de 36% des électeurs. L’honnêteté aurait consisté à relativiser les scores obtenus et à affronter la question posée par ces absentions. Ce qui finalement a été peu fait dans les médias.
On pourrait tenir pour largement responsable de la démobilisation des citoyens un gouvernement qui passe par dessus le « non » référendaire à la constitution européenne (2005) et fait ratifier par le Congrès le traité de Lisbonne, pour être « efficace ». Il risque ainsi de mettre en péril le sentiment des citoyens d’avoir un quelconque pouvoir ou pas, sur ce qui se passe. Mais les résultats des autres pays européens nous empêchent de nous suffire de cette explication proprement française.
Les taux d’abstentions aux élections européennes(source PE)
- 1979 : 9 pays votants EU9 ……………… 38,1 %
- 1989 : 12 pays votants EU12……………. 41,6 %
- 1999 : 15 pays votants EU15 …………… 50,5 %
- 2009 : 27 pays votants EU27……………. 65,9 %
Quelle dégringolade de la participation !!!
Les citoyens ne vont voter que s’ils ont le sentiment que leur parole compte. L’expérience des tractages de campagne a été sur ce point édifiante : citoyens désintéressés, déprimés politiquement, désinformés…
L’Europe est une question difficile, peu accessible… la faute aux citoyens ? aux médias ? aux politiques bien entendu, en tout cas à ceux qui croient en la démocratie et qui l’annoncent. Eduquer, convaincre, informer, faire évoluer, écouter, partager … n’est ce pas un programme démocrate. Alors combien de débats télévisés, d’articles dans la presse, ont répondu à cette définition ? Les citoyens regardent l’Europe avec une sorte de méfiance (fortement alimentée par un discours dominant la désignant comme responsable de tout ce qui ne va pas), alors que les institutions européennes portent en elles un potentiel de démocratie immense. Sans doute que les hommes politiques, les technocrates et les journalistes (« nos responsables ») sont, tout autant que les simples citoyens, désarmés devant cette sorte de désenchantement démocratique mais à quel taux d’abstention faudra-t-il aller (75%, 80% …?) pour que se pose sérieusement la question de la forme de démocratie que nous utilisons ?
Il y a dans la démocratie représentative le risque intrinsèque que cette forme de gouvernance devienne une « aristocratie représentative », c’est à dire une démocratie qui se passe des citoyens. L’exercice de la démocratie demande du temps, de la patience, de la tolérance… il est tellement plus facile de décider tout seul.
Alors le premier constat serait que le résultat principal de ces élections est la conséquence d’un faire semblant démocratique de nos hommes politiques, que si certains politiques pensent que l’argument démocratique est encore un bon argument électoraliste, peu de citoyens se leurrent sur la gouvernance démocratique. Ils l’ont montré en n’allant pas voter.
EN CE QUI CONCERNE LE MODEM
Les discours des donneurs de leçons, des faiseurs de morale, des diseurs de bonne aventure sont allés bon train après les scores plutôt piteux du Modem. Ceux qui savaient tout après mais ont oublié de le dire avant, ceux qui veulent réconcilier tout le monde dans un grand consentement mou, ceux qui veulent dégraisser le mouvement, ceux qui réalisent soudain que ni droite ni gauche mais quoi d’autre ? …
Dans ce tableau, une ligne semble se dessiner, la ligne de toutes celles et de tous ceux qui ont essayé de participer mais n’ont pas pu. Et ici, dans un parti dont la bannière était la démocratie (déocratie ?) c’était inattendu et décevant. Là aussi, comme partout, la parole des militants ne comptait pas. Ides débats il y en a eu mais avec quelle prise sur les décisions ? Il a fallu attendre la défaite pour que nous soyons invités à en partager la responsabilité (ou plutôt la faute).
Alors comment porter la responsabilité d’un processus sur lequel on n’a pas eu de pouvoir ? La seule manière de la faire me semble être de participer à une réflexion bien nécessaire sur la forme de démocratie qui a cours dans ce parti (comme dans les autres mais justement on était là pour faire différent) : le même phénomène qui pourrait expliquer les abstentions paraît se reproduire à l’interne du Modem, tant au niveau national que départemental (dedans comme autour et ici dans le Gard). Une fois les représentants départementaux élus, les militants sont devenus tout juste décoratifs. Les constats et bilans ont été faits largement par les plus déterminés à participer, les questions soulevées, et les recours (derniers espoirs d’être entendus) se sont perdus en chemin. Les voies démocratiques sont parfois obscures ! Il semble que ce modèle de fonctionnement ait été le modèle partagé à tous les niveaux hiérarchiques du mouvement, alors évidemment !!. ..
Là encore un « comme si démocratique », et là encore, la démobilisation générale des adhérents peut poser la question de la viabilité de la démocratie hors d’un système participatif. Ce parti a tout simplement fonctionner comme tous les partis : sans les adhérents. Le parti socialiste est pourtant en train de payer le prix de sa pseudo démocratie, une sorte de contre exemple tout préparé.
POUR LA SUITE
- Soit la démocratie représentative contient de tels pièges qu’elle ne peut garantir l’exercice démocratique (ce qui n’empêche pas les responsables politiques de construire l’Europe mais sans le peuple) et alors faisons semblant et attendons le prophète, le sauveur, l’homme éclairé qui conduira le troupeau.
- Soit il faut réfléchir à un processus de fonctionnement démocratique dont la forme garantisse le respect des principes sous tendus et entrer dans le débat actuel sur la démocratie participative en tachant d’oublier le ridicule dans lequel l’a jetée S. Royal pour se centrer sur la ressource qu’elle représente pour d’autres…
… comme :
“Refonder la République pour établir une société démocratique, participative et actrice multi-éthnique et pluri-culturelle protagoniste, dans un État de justice, fédéral et décentralisé qui consolide les valeurs de la liberté, de l’indépendance, de la paix, de la solidarité, du bien commun, de l’intégrité territoriale, de la convivialité et de l’autorité de la loi pour cette génération et les générations futures; garantir le droit à la vie, au travail, à la culture, à l’éducation, à la justice sociale et à l’égalité sans discrimination, ni subordination aucune.” (Constitution bolivarienne de la République du Venezuela, Caracas 15 décembre 1999.)
LESAILES 01/07/2009
http://christian.nannini.free.fr/ ou http://www.monpostdemocrate.eu
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