août, 2009

PETITS BRICOLAGES ENTRE AMIS
UN POINT DE VUE SYSTÉMIQUE SUR LA CRISE
Partie VII

7/ les moyens ne justifient pas la fin (ou l’inverse) et la conclusion

Il faut avoir présent à l’esprit que le changement n’est pas un objectif en soi (on ne change pas pour changer), ni même un objectif souhaité (on ne change que contraint). La crise survient précisément quand les remaniements nécessaires à l’adaptation et à la complexification ne sont pas faits. Et même si elle n’est pas souhaitable, elle est donc la seule occasion d’une véritable réorganisation susceptible de répondre aux nouvelles exigences accompagnant les changements de contextes

Intervention massive des Etats dans la sphère financière en renflouant des banques victimes d’une bulle spéculative « inattendue », plans de relance économique dans le contexte d’une récession économique « attendue » ne sont que de petits bricolages entre amis qui traduisent plus un pilotage à vue qu’une volonté de toucher aux mécanismes générateurs des inégalités mondialisées. Et le même type de réponse est donné face aux périls écologiques désormais identifiables comme le réchauffement climatique de la planète.

On peut craindre que les mesures aujourd’hui mises en œuvre au plan politique par les chefs d’Etas et autres responsables politiques  correspondent à une vision qui considère la crise actuelle comme un incident de parcours ; on peut alors parier qu’elles ne vont rien changer (et c’est déjà le constat avec le comportement des banques) vérifiant ainsi que le réformisme ne peut produire du changement que dans les systèmes sains.

Les difficultés viendront de la persistance d’une croyance aveugle en la santé du système économique libéral, en la loi du marché comme dogme, et de l’illusion concernant les potentialités du système actuel. Et le déni serait de ne pas entendre le gravité de la situation et d’oublier que la crise actuelle est une pierre d’achoppement qui justifie une remise en cause des prémisses de la trajectoire économique libérale et nous impose de  questionner le projet sociétal qui l’a accompagné.

L’aveuglement consiste alors à ne pas croire aux signes de seuils de non retour qui se manifestent.

Alors faut-il plutôt miser sur un projet « révolutionnaire » ? Pris au sens le plus simple, le projet révolutionnaire, c’est à dire le projet de bouleversement de l’ordre établi, peut se tenir debout tout seul : il y a effectivement un ordre à changer et un autre à rétablir. Mais que faut-il changer et pour aller vers quoi ? Et là de nouveau nous sommes limités par notre incapacité à sortir du carré imaginaire et à avoir une vision suffisamment globale (cf. Partie V : Pour atteindre un but il faut l’abandonner (ouf !)

).

Il serait certainement plus rassurant de se dire que nous sommes suffisamment conscients pour utiliser nos buts conscients comme guides mais la crise semble trop large et trop systémique pour cela. Les effets de la prise de conscience ne sont pas suffisants : les problèmes que nous affrontons sont d’une telle complexité et à une telle échelle que les solutions raisonnées paraissent fortement improbables

Ni réformisme, ni révolution alors quoi d’autre ? Une expérience politique alternative est-elle envisageable ? Quelles sont les conditions nécessaires et suffisantes d’un changement qui change ?

Deux lignes se dégagent :

- La nécessité de reformuler et de réécrire les bases philosophiques qui guideront nos actions, penser les valeurs et se lier à une finalité. Commençons donc par en débattre. Et pourquoi pas ne pas débattre par exemple du sens que nous donnons à l’idée de « démocratie », si souvent employée comme slogan ? C’est en quelque sorte la première façon de se mettre en mouvement : penser et désirer le « Nous ».

- La nécessité de se mettre en état de créativité pour sortir du carré imaginaire et donner libre cours à notre capacité d’invention.

Enfin si le mouvement correspond à la liberté de mouvement, c’est à dire à l‘ouverture à tous les possibles, qu’en est-il de l’utopie ? Souvent décriée comme mauvais exercice, elle est en fait l’activité la plus humaine possible, celle qui sort l’homme de son statut de sujet individualisé pour l’amener vers son immortalité c’est à dire son humanité. Comment penser l’avenir collectif si ce n’est en sortant de notre égotisme bien pensant ? Et comment s’appuyer sur l’humain si ce n’est en le laissant résonner à l’intérieur de nous comme imagination d’une société à venir construite sur l’humain ?

Est ce à ce type de réflexion que nous invite le projet démocrate du Mouvement Démocrate et de F BAYROU ?

PETITS BRICOLAGES ENTRE AMIS
UN POINT DE VUE SYSTÉMIQUE SUR LA CRISE
Partie VI

6 / Que reste-t-il de nos amours ?

S’il est maintenant plus clair (partie V), que :

- étant entendu le fait que les systèmes complexes échappent à notre capacité de conscience, vouloir leur appliquer une programmation par objectifs relève du mythe et nous devrions alors abandonner l’idée d’une maitrise de leur évolution

- et sans doute devrions nous aussi abandonner la manière habituelle de s’attaquer aux problèmes qui est de les analyser et de les comprendre pour tirer des conséquences en termes de corrections nécessaires, puisque là aussi nous n’aurons jamais toutes les informations nécessaires. Cette méthode (compréhension, explication, corrections) montre d’ailleurs ses limites dés que nous avons affaire à des systèmes complexes : nous avons beau avoir les explications les plus subtiles à propos de cette crise, nous ne trouvons pas pour autant éclairés sur la manière de changer les choses. Il est alors logique qu’il puisse y avoir un minimum de consensus sur les causes sans que cela entraine des accords sur les solutions.

- alors si nous devons laisser tomber nos bonnes vieilles croyances de maitrise concernant le changement, que nous reste-t-il comme principe d’action ? Et là également, nous pouvons trouver quelques appuis dans l’approche systémique.

Tous les apprentis systémiciens ont passé le test des neufs points : il s’agit de relier par quatre lignes droites et sans lever le crayon neuf points alignés sur trois colonnes.

. . .

. . .

. . .

La seule façon d’y arriver est de se donner la permission de sortir du carré dessiné par les neuf points : c’est comme si aucune solution n’était possible si l’on reste à l’intérieur des données du départ. Ce qui peut s’entendre comme le fait que la résolution d’un problème ne peut se faire à l’intérieur des données du problème : il faut ouvrir les possibles pour entrevoir la sortie.

partievicarré imaginaire

Or la définition d’un objectif de résolution ou de correction se fait traditionnellement à partir de l’analyse et des données d’un problème. Mais quand nous avons à faire avec la complexité des systèmes vivants, il arrive bien souvent que cette façon de s’y prendre nous fasse « tourner en rond » ou parcourir des cycles de crises successives. Souvent efficace pour résoudre de petits problèmes limités, cette méthode se montre peu utile dés que les problèmes sont larges et touchent à la globalité du système. Il s’agit alors d’inventer et de sortir des descriptions de la réalité qui ne permettent pas l’ouverture aux solutions pour devenir créatif.

L’exercice mental que cela suppose est essentiel, c’est un exercice de «desendoctrinement » ; personne en effet ne nous a imposé de rester dans le carré imaginaire. Qui nous impose de rester dans la loi du marché ?

Si l’image que nous obtenons quand les morceaux du puzzle sont à leur place ne convient pas, alors il ne sert à rien de retourner les morceaux dans tous les sens pour changer cette image : changer de pièces, rajouter des pièces…. sont alors de meilleures techniques.

Donc ouvrir les possibles, sortir de l’endoctrinement pour commencer. Les programmations par objectifs nous ferment aux possibles et, d’autre part, nous mettent dans des positions de stratèges, sans doute utiles quand il s’agit de jouer au billard et de savoir quelle boule viser pour qu’elle touche une autre boule, … mais peu fiables pour prédire les effets de ces actions sur les humains si peu prévisibles, quand on les pense comme des systèmes complexes.

Abandonner la maitrise du changement par l’objectif, et la bonne vieille méthode de l’explication-donc-correction, n’est pas équivalent à abandonner l’idée de finalité. La finalité de nos actions se définit comme une sorte de projection un monde possible, un monde qui ressemblerait à nos valeurs. Pas une programmation, simplement une esquisse. La finalité est une manière de poser des priorités et de vérifier que nous sommes en accord avec ce qui est essentiel.

Ce qui signifie que si nous ne pouvons pas prévoir où vont nous mener les actions et les décisions que nous prenons aujourd’hui, il est au moins possible de rester cohérents par rapport aux valeurs qui nous servent de guides.

Si nous ne pouvons pas programmer la fin comme but et objectif conscients alors nous pouvons au moins rester fidèles à nous mêmes et réfléchir à notre positionnement. Même si cela peut paraître regrettable à certains, nous n’avons pas de maitrise directe sur l’évolution mais nous pouvons activer les processus de changement vers le mieux (quel qu’il soit) en servant ces valeurs.

Si ces valeurs ont pour nom « démocratie »que faut-il penser lorsque, sous le prétexte de l’efficacité on se détourne du contrôle du citoyen en faisant valoir que le temps presse, qu’il faut aller de l’avant et que d’autres sont suffisamment éclairés pour prendre les bonnes décisions en son nom, ou d’en convaincre le citoyen lui-même par l’effet manipulatoire d’une désinformation organisée.

Rappelons nous, par exemple, ce « non » populaire au référendum de 2005 censé faire adopter une constitution pour l’Europe, et ce « oui » parlementaire qui a suivi, à un Traité de Lisbonne dont la finalité, manifeste pour tous, était de contourner le rejet référendaire du citoyen. Ce faisant les responsables politiques, agissant dans l’intérêt affiché de l’Europe et de sa construction,  ont coupé l’Europe du contrôle citoyen et il est intéressant, en miroir , de compter  les abstentions lors des élections européennes de Juin 2007 ( 60 % une majorité qui devient …qualifiante !!!)

Vive l’efficacité ! Alors la fin justifie-t-elle les moyens?

Toute action qui sacrifie les moyens au service d’une fin, sacrifie en fait les principes et les valeurs de son auteur et lui fait courir le risque de perdre le lien avec la finalité.

Ceci nous conduit à un point essentiel qui est le débat concernant les valeurs guide . N’est ce pas la mise en bière de nos principes de « démocratie humaniste » selon l’expression de F BAYROU (le seul à avoir commencer à recentrer là dessus le discours politique) qui nous a mis en si piteux état aujourd’hui ? Mais il est vrai que nous avons été largement endoctrinés par la nécessité du consentement à « la réalité », par la politique de la contrainte consentie et de la soumission au : « c’est le marché qui impose… ».

Petit exercice :

Quelles sont les valeurs de nos sociétés occidentales ?

Réponse :

« nous contre l’environnement

nous contre les autres humains

seul l’individu compte

nous pouvons contrôler unilatéralement l’environnement

nous devons rechercher ce contrôle

nous vivons à l’intérieur de frontières que nous pouvons repousser indéfiniment

le déterminisme économique obéit au sens commun

la technologie résoudra tous nos problèmes »

… écrivait G. BATESON en 1970…. 

et rien de changé pour l’instant !

Alors cap vers le XXIème siècle mais comment ?

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Partie V

5 / Pour atteindre un but il faut l’abandonner (ouf !)

Il n’y a pas de véritable changement dans un système vivant, sans que celui ci ne soit affecté dans sa totalité. Mais il est impossible, étant donné la complexité et la densité des réseaux internes, de prévoir les effets et l’ampleur d’une modification si minime soit-elle. Les sociétés humaines sont des systèmes complexes et cette complexité a pour effet, par exemple, que, pour tout être humain, membre d’une société humaine, il est extrêmement difficile d’être conscient de la complexité dont il fait partie.

Toute conscience est conscience partielle par définition, puisque toute augmentation de la conscience nécessiterait un niveau supérieur de conscience pour englober le précédent et ainsi de suite… On peut donc être conscient de participer à une communauté mais on ne peut pas avoir une connaissance complète des interactions, connections et réseaux qui la composent. On peut encore moins savoir comment agir sur l’ensemble de la communauté pour produire des effets escomptés. Ce qui se traduit aussi par : il n’y a pas d’observateur neutre, observer c’est interagir et agir, toute intervention dans un système vivant, le transforme de façon en grande partie imprévisible, etc…

Petit exercice :

Les statistiques publiées dans la presse avant une élection sont-elles une simple observation ou bien peuvent-elles avoir une influence sur le vote ?

Réponse : Qui les finance ?   (Cf. la polémique engagée par F. Bayrou lors de la campagne européenne.)

Ainsi notre conscience ne peut suffire à nous aider à formuler des buts à atteindre qui répondraient à la nature complexe et systémique du monde. Le paradis a été perdu le jour où Eve a demandé à Adam d’aller cueillir la pomme sur l’arbre et où celui ci, pris d’un désir idiot de lui plaire, a mis des boites les unes sur les autres contre l’arbre pour aller la ramasser (la pomme !). Adam venait de découvrir le raisonnement par but conscient (pour faire D je fais A puis B puis C) et se préparait à inventer la libre entreprise.

Depuis, la technologie aidant, nous attaquons le monde à coups de bonnes intentions et de volonté d’efficacité. (On peut lire le développement complet de ce mythe chez G. Bateson*).  (*Gregory Bateson : Vers une écologie de l’esprit Ed seuil 1977 et 1980 Article : Buts conscients et Nature (tome 2)

Et le même concept développé dans une autre dimension par Eugen Herrigel : Le Zen dans l’art chevaleresque du tir à l’arc. Ed Dervy 1960)

Alors que faire ?

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Partie IV

4/ Sauve qui peut !

 On compte quatre types possibles de sorties de la crise ; certaines sont des changements d’autres des simulacres

 4.1 Accommodation : ce sont les changements qui ne changent rien (communément nommés « changements 1 » dans l’approche systémique) ; ils soulagent et rassurent mais ne garantissent pas la durée de la réparation. On les reconnaît à la crise suivante : ils correspondent aux « petits bricolages ». Exemple de ce type de changement sans changement appliqué à la crise que nous traversons : le renflouement des banques, réalisé par les puissances publiques, et présenté comme urgent et nécessaire pour sauvegarder l’économie capitaliste. Le constat aujourd’hui est que, toute tentative de contrôle et de régulation de l’investissement public ayant échoué, ce sont surtout les intérêts privés qui ont été sauvegardés.

 4.2 Remaniement ou apprentissage : quand les systèmes sont suffisamment sains et qu’il s’agit d’apprendre à utiliser les ressources existantes ou à les augmenter. Ils correspondent aux « réformes adaptatives ». Pour faire face à la situation de crise, les responsables politiques (réunion du G20 du mois d’Avril 2009) ont proposé en sus du renflouement les banques, de légiférer sur les paradis fiscaux et d’exiger des garanties d’un fonctionnement différent. Le monde financier, fidèle à la nature même d’un modèle centré sur le profit, a résisté à cette reforme « raisonnable » pour continuer à faire plus de la même chose (ex:les bonus etc..)

4.3 Bifurcation : changement qui introduit une discontinuité. Il se produit de façon brutale et il a des résultats inattendus. Le système a été poussé à inventer par l’importance de la crise. Ce sont des « changements de type 2 » dans l’approche systémique, les processus à l’œuvre sont larges et circulaires. Ils correspondent au projet d’un « autre monde ». Le mouvement de réexamen des prémisses qui servent de bases à notre modèle économique pourrait provoquer ce type de changement. Mais il s’agit d’un changement difficile à organiser et à maitriser.

 4.4 Rupture : pas d’évolution possible par épuisement des ressources et motivations. Le système disparaît en tant que tel. Dans la communauté scientifique il est maintenant acquis que nous pouvons passer un seuil d’irréversibilité en matière d’équilibre écologique qui mettrait en jeu la survie de l’humanité.  

 Les sorties 1 et 2 sont le résultat de choix volontaires, raisonnables, liés à des objectifs annoncés. La sortie 3 (comme la 4) ne peut pas être la résultante d’une programmation parce qu’elle suppose que le système invente quelque chose qu’il ne connaît pas encore, qu’il s’ouvre vers les possibles sans se crisper sur une cible.

Si nous suivons la tendance qui semble naturelle (qui est plutôt celle du non changement)  et qui se présente comme la plus accessible, nous allons utiliser les sorties 1 et 2. Il faut dire que le mode d’emploi de la sortie 3 n’est pas si simple : il s’agit de concilier la nature systémique et complexe du monde, c’est à dire l’imprévisibilité de son évolution, et la volonté de changement.

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Partie III

3 / Trop d’infos tue l’info

L’une des caractéristiques des systèmes complexes est la façon dont ils traitent l’information, qu’elle vienne de l’intérieur du système (par exemple une maladie, une naissance dans une famille) ou de l’extérieur (environnement). Un système sain utilise les informations qui lui parviennent pour corriger son propre fonctionnement et se pérenniser (rétroaction négative). Un système qui ne tient pas compte des informations risque d’entrer à plus ou moins long terme dans une spirale de « encore plus de la même chose » qui tend à sa destruction (rétroaction positive).

Ainsi un système vivant qui apprend à intégrer des informations pour assurer sa croissance, augmente ses capacités de réponse, ses ressources et sa complexité. Et même si son évolution reste imprévisible, statistiquement probable en ce qui concerne les systèmes naturels, et toujours surprenante pour les systèmes humains, le fait de tenir compte des effets retours des fonctionnements permet une certaine régulation du changement. Si l’on diminue la pollution on peut espérer respirer encore librement dans quelques années. Il reste encore des responsables politiques pour nier tout danger : le ridicule ne tue pas, l’ozone, oui !

Petit exercice :

Le modèle économique capitaliste est-il un système à rétroaction négative ou positive ?

Réponse :

c’est un système qui fait toujours plus de la même chose, ne tient aucun compte des informations d’alerte sauf pour en faire plus de la même chose, c’est à dire des denrées consommables et des bénéfices (certaines compagnies d’assurance utilisent aujourd’hui la crise comme argument de vente de leurs produits).

Si l’on applique ces premières observations à notre modèle  socio-économique, Il serait donc plus exact de considérer la crise financière, économique et sociale que nous traversons actuellement, comme la démonstration que le système capitaliste ne peut pas assurer par lui même sa propre régulation.

On pourrait entendre ici que la croissance exponentielle et l’absence de contrôle ont mis le système libéral capitaliste en état d’affolement. Le système économique en question se définissant lui même comme devant échapper à tout contrôle pour se développer, on peut dire qu’il contient en lui même son propre poison. Raison de plus pour ne pas croire, une minute de plus, qu’un système qui contient les conditions de sa propre destruction puisse être simplement corrigé et repartir de plus belle. La pseudo reprise actuelle et les arguments qui la vendent  nous invitent au contraire à questionner un système économique fondé sur les inégalités, la domination des financiers, l’enrichissement et la croissance sans contrôle.

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PARTIE II

2/ Le monde est systémique ou n’est pas

Notre monde est en quelque sorte un « méga éco système » qui se trouve à l’intersection du système naturel (pour lequel notre présence humaine constitue une information parmi d’autres) et de nos modèles de sociétés. Incontestablement un système complexe de systèmes complexes !!!

Si l’on est d’accord sur le fait de parler de notre monde comme d’un système complexe, alors l’approche systémique peut sans doute nous aider à repérer et évaluer les mouvements qui l’animent. Voilà ainsi quelques uns des éléments dont nous devons tenir compte pour prétendre avoir une influence sur notre devenir :

2.1 Les systèmes complexes ont une variabilité potentielle : leur composition, règles, lois peuvent changer jusqu’à une certaine limite au delà de laquelle ils se transforment en d’autres systèmes (autre identité, autre finalité). Essayez donc de transformer une table en un tabouret et de marquer le moment exact de passage d’un objet à l’autre …

2.2 Les changements qui concernent ces systèmes peuvent donc se produire soit sous la forme de régulations internes et quasi invisibles, soit sous la forme de modifications brutales qui créent des perceptions de discontinuité.

2.3 Dans les cycles de vie des systèmes complexes il existe des phases de désorganisation qu’on appelle des crises ; de l’alerte légère à la débâcle et au désordre généralisé, elles précèdent et préparent les modifications et les réorganisations. Les crises sont les manifestations de la difficulté que rencontrent les systèmes à traiter les informations qui leur parviennent. Dans les organisations humaines, le bon sens voudrait que le déséquilibre et la souffrance incitent au changement, alors que la stabilité et l’équilibre incitent à la continuité. Alors que dans l’expérience :

Petit exercice :

Que font les humains quand ils vont bien ? Réponse : ils changent !

Que font les humains quand ils vont mal ?Réponse : ils continuent !

Ne misons donc pas trop sur la rationalité pour prédire l’évolution des systèmes sociaux même si nous pouvons avoir une idée assez précise de l’histoire d’une crise.

Une crise est essentiellement le résultat d’une tension entre deux « besoins » ou bien deux nécessités apparentes : un besoin « immédiat » exigeant soulagement et satisfaction (par exemple : gagner de l’argent à tout prix) et un besoin « lointain » nécessitant une vision à plus long terme de ce qui est bien et juste (par exemple : répartir les richesses pour que « ça » dure, économiser les ressources naturelles). Ainsi quand ce qui est fait aujourd’hui menace ce qui sera demain, on prépare la crise et pour ce faire il est évidemment utile de rester sourd à toutes les voix qui expliquent avec intelligence que nous allons dans le mur.

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Partie I

1/ Y-a-t-il un bricoleur dans la crise ?

L’impératif de cohérence voudrait que l’importance des remèdes proposés en cas de crise soit en accord avec l’évaluation de la gravité et de l’ampleur du problème. Pour ce qu’il en est de la crise actuelle (celle que l’on imagine derrière nous mais qui couve sous les cendres), il existe un débat opposant :

- (1) les tenants des « petits bricolages » (les réponses en urgence et sans alternative apparente) considérant la crise comme un accident de parcours. Quand on met une rustine sur un pneu usé jusqu’à la corde, on ne va pas très loin avant de devoir de nouveau réparer. La plupart du temps, c’est par le constat que « ça ne marche plus » que nous savons que cette réparation n’était qu’un « petit bricolage ». Ainsi, un petit bricolage en cas de difficulté majeure, est une promesse de crise future.

- (2) les tenants des « corrections raisonnables » (les réformes adaptatives), considérant la crise comme un indicateur de la nécessité d’une correction de la trajectoire sans remise en cause du fonctionnement essentiel du système. Pour évaluer la qualité réparatrice d’une réforme adaptative en matière de société, il faut plus de temps : la complexité des systèmes vivants rend difficile l’identification de ce qui a clairement été la cause d’une amélioration. Est-ce parce qu’on a réparé le bon trou ? Que la route est meilleure ? Que l’on conduit mieux ? … Ainsi une réforme ne devient une solution raisonnable que si on la tient pour un pari, une expérimentation et qu’on organise son évaluation.

- (3) les tenants du changement vers « un autre monde », considérant la crise comme une alerte concernant la fonctionnalité des règles du système. Mais ce choix délibéré de l’option d’un changement « vers un autre monde », ouvre d’emblée la question suivante : qu’est ce qui pourrait bien nous y conduire ? Ou : comment faire pour aller vers cet autre monde (meilleur bien entendu)?

Les tenants des petits remèdes et des réformes douces (  (1 ) et (2) ) sont, en général, sûrs de leur fait : sans doute la fréquentation assidue de voyants et autres extralucides, ou bien la conviction d’être du côté du rationnel et des certitudes éternelles. Or, les systèmes vivants ne se laissent pas si facilement manipuler ! Les évolutions et les changements qu’ils subissent n’obéissent pas aux tracés rationnels qu’on pouvait prévoir pour eux. Et ici, bien entendu, il n’est pas question de l’opinion, qui, elle, est hautement manipulable et du même coup fort heureusement fluctuante. Il est question de ces réalités complexes que sont une société, un groupe, une famille, un éco système… que l’on peut déstabiliser, influencer, troubler mais qu’aucune volonté extérieure ou intérieure ne peut conduire à un point déterminé à l’avance.

Etant donné le consensus général concernant la gravité de la crise socio économique qui a démarré en 2008 et pris une dimension mondiale, on aurait pu s’attendre à ce que les responsables politiques laissent de côté les deux premières possibilités (les petits bricolages et les réformes d’adaptation) pour s’intéresser à la troisième, la seule qui pose sérieusement la question du changement. Cette question pourrait s’énoncer ainsi :

Comment créer du changement dans un système complexe ?

Comment passer d’un régime socio économique qui est en train de nous montrer ses limites à un monde qui ne se retournera pas contre nous?

PETITS BRICOLAGES ENTRE AMIS
UN POINT DE VUE SYSTÉMIQUE SUR LA CRISE
Introduction

Sommes nous en train de sortir de la crise ? Ou bien comme s’interroge Michel Rocard (le Monde du 07/07/2009)  « la crise du capitalisme va t-elle continuer ? » ? Paul Jorion, sociologue et économiste, nous met en garde devant l’apparente confiance retrouvée qui reposerait plus sur l’espoir d’une reprise que sur une réalité sociale et économique.

Cette crise a maintes fois été décrite comme une crise « systémique ». Nous proposons dans ce texte de préciser le sens véritable de ce qualificatif et de rester dans une perspective systémique pour en tirer les conséquences en matière de sortie de crise.

Etant donné la longueur du texte, nous avons choisi de le publier en plusieurs parties à paraître chaque jour :

1 : Y-a-t-il un bricoleur dans la crise ? le 17 Août, où il sera question de l’évaluation de la gravité de cette crise et des attitudes qui l’accompagnent.

2 : Le monde est systémique ou n’est pasle 18 Aoûtoù il sera  question de préciser le qualificatif « systémique » et son utilité ici

3 : Trop d’infos tue l’infole 19 Aoûtoù il sera question du traitement de l’information par le système

4 : Sauve qui peut le 20 Août, où il est question des différents types de sorties de crise

5 : Pour atteindre un but il faut l’abandonner (ouf !) : le 21 Août,  où il sera question des buts conscients et de notre maîtrise possible du changement

: Que reste-t-il de nos amours ? : le 22 Août, où il sera question de la manière de trouver le chemin des solutions possibles

7 : Les moyens ne justifient pas la fin (ou l’inverse ?) et la conclusion : le 24  Août où il est question du chemin à faire

lesailes et christian

Cet article est publié dans mon blog politique perso   http://christian.nannini.free.fr/ ou MOnpostDEMocrate.eu

Sondages et fait du prince

En guise de commentaire sur l’article de R Rochefort, député européen du MODEM sur les sondages élyséens http://www.mouvementdemocrate.fr/actualites/rochefort-reaction-sondages-elysee-170709.html

Début août 2009 à Casablanca au Maroc, des policiers investissaient une imprimerie avec l’ordre de détruire les exemplaires prêts à la distribution du magazine indépendant « Tel Quel » ( LM du 4 et 5 août 2009): ils agissaient sur ordre du pouvoir politique et sans autorisation de justice. Cet hebdomadaire relatait les résultats, pourtant favorables, d’un sondage d’opinion sur les dix années de règne de Mohammed VI roi du Maroc. Le magazine avait eu le tort de titrer dans son édition du 1er Août : «  le peuple juge son roi ». Comme le disait le chef de la police de ce pays : « un sondage sur la monarchie est inconcevable ». En oserais-je demander les raisons à ce haut dignitaire du régime, qu’il me répondrait que la personnalité du roi est sacrée et que toute légitimité procède de lui. Ainsi, c’est clair et d’une logique implacable : en monarchie le roi ne peut être jugé par son peuple.

De l’autre coté de la méditerranée, en France, a t-on plus de considération pour le peuple qui s’est affranchi de la monarchie depuis belles lurettes ? En principe oui. Aujourd’hui notre Constitution règle le jeu démocratique par le gouvernement du peuple par le peuple, pour le peuple. C’est clair, et notre démocratie est fondée sur un socle de libertés et de droits garantis par l’Etat de droit, ce qui caractérise nos institutions démocratiques. Plus cet Etat de droit puise sa force dans la loi, plus il est respectable et respecté. Néanmoins le bât blesse chaque fois que le jeu démocratique est vicié, ou détourné par ceux là même qui devraient le protéger.

Que penser alors de ces autres sondages qui font également grand bruit ( LM 31 Juillet et 8 Août 2009)  dans notre pays, ceux pointés par la Cour des Comptes, commandés par l’Elysée à hauteur de 1,5 millions d’euros, financés par l’argent public et pour quelle utilité publique ? Certains mauvais esprits diront que leur publication auprès de médias sélectionnés ( Le Figaro et LCI ) relève d’une volonté d’instrumentaliser l’opinion notamment en période électorale, d’autres mettront en doute la rigueur et l’objectivité des sondeurs, et la déontologie du prestataire de service, l’Institut de sondage (Opinion Way) . Plus sèchement la Cour des Comptes y voit quelques entorses au droit des marchés publics, mais selon l’adage inversé, pas d’auteur pas d’infraction, l’événement sera vite oublié, une amnésie sous forme d’amnistie.

En résumé d’un coté un sondage interdit et un peuple soumis, de l’autre des sondages avalisés et un peuple instrumentalisé, et dans les deux cas par le même fait du prince. Mais ce qui est cohérent dans la situation marocaine ( sans doute en mutation) est intolérable ici, la démocratie, le droit et la justice ont vocation à régner plutôt qu’à déserter.

Le mouvement démocrate est à sa juste place lorsqu’il traque le fait du prince ouvrant sur les abus et le mépris du peuple : le mal est si profond qu’il gangrène la vie démocratique et se répand comme une tache d’huile sur les petits potentats locaux. La manière d’exercer le pouvoir à tous les échelons signe la démocratie dans laquelle nous vivons et il n’est pas sûr que les mœurs politiques françaises soient exemplaires à cet égard à l’interne comme à l’externe des partis politiques, les petits et les gros , les anciens ou les nouveaux.

Christian nannini VPmodem30 et son blog perso http://christian.nannini.free.fr/ ou http://www.monpostdemocrate.eu

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