PETITS BRICOLAGES ENTRE AMIS
UN POINT DE VUE SYSTÉMIQUE SUR LA CRISE
Partie VII
7/ les moyens ne justifient pas la fin (ou l’inverse) et la conclusion
Il faut avoir présent à l’esprit que le changement n’est pas un objectif en soi (on ne change pas pour changer), ni même un objectif souhaité (on ne change que contraint). La crise survient précisément quand les remaniements nécessaires à l’adaptation et à la complexification ne sont pas faits. Et même si elle n’est pas souhaitable, elle est donc la seule occasion d’une véritable réorganisation susceptible de répondre aux nouvelles exigences accompagnant les changements de contextes
Intervention massive des Etats dans la sphère financière en renflouant des banques victimes d’une bulle spéculative « inattendue », plans de relance économique dans le contexte d’une récession économique « attendue » ne sont que de petits bricolages entre amis qui traduisent plus un pilotage à vue qu’une volonté de toucher aux mécanismes générateurs des inégalités mondialisées. Et le même type de réponse est donné face aux périls écologiques désormais identifiables comme le réchauffement climatique de la planète.
On peut craindre que les mesures aujourd’hui mises en œuvre au plan politique par les chefs d’Etas et autres responsables politiques correspondent à une vision qui considère la crise actuelle comme un incident de parcours ; on peut alors parier qu’elles ne vont rien changer (et c’est déjà le constat avec le comportement des banques) vérifiant ainsi que le réformisme ne peut produire du changement que dans les systèmes sains.
Les difficultés viendront de la persistance d’une croyance aveugle en la santé du système économique libéral, en la loi du marché comme dogme, et de l’illusion concernant les potentialités du système actuel. Et le déni serait de ne pas entendre le gravité de la situation et d’oublier que la crise actuelle est une pierre d’achoppement qui justifie une remise en cause des prémisses de la trajectoire économique libérale et nous impose de questionner le projet sociétal qui l’a accompagné.
L’aveuglement consiste alors à ne pas croire aux signes de seuils de non retour qui se manifestent.
Alors faut-il plutôt miser sur un projet « révolutionnaire » ? Pris au sens le plus simple, le projet révolutionnaire, c’est à dire le projet de bouleversement de l’ordre établi, peut se tenir debout tout seul : il y a effectivement un ordre à changer et un autre à rétablir. Mais que faut-il changer et pour aller vers quoi ? Et là de nouveau nous sommes limités par notre incapacité à sortir du carré imaginaire et à avoir une vision suffisamment globale (cf. Partie V : Pour atteindre un but il faut l’abandonner (ouf !)
).
Il serait certainement plus rassurant de se dire que nous sommes suffisamment conscients pour utiliser nos buts conscients comme guides mais la crise semble trop large et trop systémique pour cela. Les effets de la prise de conscience ne sont pas suffisants : les problèmes que nous affrontons sont d’une telle complexité et à une telle échelle que les solutions raisonnées paraissent fortement improbables
Ni réformisme, ni révolution alors quoi d’autre ? Une expérience politique alternative est-elle envisageable ? Quelles sont les conditions nécessaires et suffisantes d’un changement qui change ?
Deux lignes se dégagent :
- La nécessité de reformuler et de réécrire les bases philosophiques qui guideront nos actions, penser les valeurs et se lier à une finalité. Commençons donc par en débattre. Et pourquoi pas ne pas débattre par exemple du sens que nous donnons à l’idée de « démocratie », si souvent employée comme slogan ? C’est en quelque sorte la première façon de se mettre en mouvement : penser et désirer le « Nous ».
- La nécessité de se mettre en état de créativité pour sortir du carré imaginaire et donner libre cours à notre capacité d’invention.
Enfin si le mouvement correspond à la liberté de mouvement, c’est à dire à l‘ouverture à tous les possibles, qu’en est-il de l’utopie ? Souvent décriée comme mauvais exercice, elle est en fait l’activité la plus humaine possible, celle qui sort l’homme de son statut de sujet individualisé pour l’amener vers son immortalité c’est à dire son humanité. Comment penser l’avenir collectif si ce n’est en sortant de notre égotisme bien pensant ? Et comment s’appuyer sur l’humain si ce n’est en le laissant résonner à l’intérieur de nous comme imagination d’une société à venir construite sur l’humain ?
Est ce à ce type de réflexion que nous invite le projet démocrate du Mouvement Démocrate et de F BAYROU ?
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