Comme suite à PETITS BRICOLAGES ENTRE AMIS texte integral ici, nous porsuivons le questionnement et le débat par ce billet sur l’utopie
Le courage de l’Utopie
On pourrait deviner ce courage dans les paroles de François Bayrou et de son équipe dirigeante lorsqu’on est invité à imaginer et à «construire un autre monde possible»(http://christian.nannini.free.fr/?p=286) lors d’un rendez-vous programmatique fixé pour le mois de décembre.
Quel est cet autre monde possible que les autres partis ne verraient pas, ne souhaiteraient pas, et dont la perspective ferait la singularité du discours démocrate qui se positionne comme une alternative à l’alternance ( selon le mot de R Rochefort) c’est à dire celle de l’UMP ou du PS en tant que partis de gouvernement ?
La parole politique électoraliste peut nous donner du rêve à partager, nous entraîner, nous enthousiasmer de n’importe quel bord où l’on se trouve : soit du côté de la droite, avec l’idéologie politique du libre échange et de la libre concurrence, soit du côté de la gauche, avec l’idéologie interventionniste de l’Etat et la perspective d’une saine concurrence bâtie sur l’égalité des chances. Au delà du clivage tous les prétendants au gouvernement des choses et des hommes se réclament de la démocratie. Pas un seul n’oserait dire en sautant sur sa chaise : « je ne suis pas démocrate » ou « voilà pourquoi je hais la démocratie » (cf. Jacques Rancière : La haine de la démocratie). Que faut-il donc entendre par démocratie, mais surtout que faut-il entendre par « démocrate » lorsque l’on en fait sa profession de foi ?
Au delà de la parole politique, où se niche la différence pour un groupement politique tel que le MoDem, dont la profession de foi est explicite quant valeurs démocrates (voir : la Charte des valeurs démocrates)
http://www.mouvementdemocrate.fr/evenements/telechargement/charte_des_valeurs.pdf)
Quel est son changement de perspective, par rapport aux autres partis ?
S’il s’agit de promouvoir une « démocratie humaniste », F. Bayrou ne s’aventure pas sur un terrain vierge. Faut-il rappeler que les peuples de l’Union européenne, en proclamant une Charte européenne des droits fondamentaux,
( http://www.europarl.europa.eu/charter/pdf/text_fr.pdf )
ont porté au pinacle un standard européen de démocratie humaniste inégalé dans le monde. Il s’agit d’un socle commun rassemblant toutes nos traditions constitutionnelles européennes, nos systèmes juridiques, un registre de valeurs démocratiques centré sur les droits humains dont la défense devient en conséquence un principe de communauté de vie.
La crise financière et économique est venue nous rappeler que cette communauté de vie passe par le commerce et les échanges dans un système d’interdépendances étroites. Le système capitaliste qui organise l’économie libérale à l’échelle mondiale, et qui se caractérise en Europe par un marché intérieur organisé autour du principe de la libre circulation des personnes, des travailleurs, des biens, des capitaux et des services, traverse une période de crise mondialisée. Les excès de la haute finance ont éclaté au grand jour, ils sont la cause déterminante du renflouement des banques par l’argent public ou de l’intervention des Etats, lesquels apparaissent comme les derniers garants de la survie économique grâce à la croissance par le sauvetage des banques.
Comment les tenants de la démocratie humaniste, confrontés à l’offensive financière et économique aux effets devastateurs vont-ils réagir ?
Le changement de perspective annoncé par le MoDem devrait pouvoir se reconnaître, d’une part dans le « parler vrai » c’est à dire dans le fait d’éviter la banalisation et le déni de la réalité tant économique que sociale, et d’autre part dans la priorité donnée aux réformes qui demandent du courage politique, celles qui nécessitent la volonté de rester fidèles aux valeurs de l’humanisme. Hors de cet état d’esprit on voit mal comment nos sociétés « opulentes » prendront démocratiquement la direction d’un autre monde possible, celui du partage de la richesse contre celui de la pauvreté, celui de la solidarité et de la fraternité contre celui de la cupidité, celui de la protection de la nature contre celui de son épuisement et de sa destruction.
La question reste de savoir si les forces de domination économique sont prêtes à composer, et si les forces politiques sont prêtes à s’organiser démocratiquement pour protéger l’humanité de son extinction.