Voilà une bonne question, et le Monde diplomatique dans son numéro d’octobre tente d’y répondre sous la plume de Remi LEVEBVRE (prof sciences Po Lille II ) qui analyse les avatars de la gauche plurielle (PS, Verts, PCF) qui peine à se rassembler sur un projet socialiste alternatif. Pourquoi ?
Force est de constater que « depuis 2002, la gauche … n’a jamais autant prospéré localement. » qu’ainsi le PS « est à la tête de 20 régions sur 22.., d’une cinquantaine de conseils généraux … , il compte 694 conseillers régionaux et 640 conseillers départementaux, 2913 maires en 2005 » et de nombreux conseillers municipaux, chiffres qui se sont améliorés lors des dernières élections municipales « Il est même en passe de devenir majoritaire au Sénat. »
La droite au gouvernement, la gauche bénéficierait dans les élections intermédiaires locales (municipales, départementales et régionales) d’une prime liée à un phénomène de rééquilibrage du pouvoir en sa faveur, auquel elle n’est pas prête de renoncer. L’idée certes, est que l’implantation locale rend visible un parti, mais tout autant, pourrait-on rétorquer, que la représentation nationale et ses leaders qui l’animent. Il est vrai qu’au plan national (élections présidentielles ou législatives) les enjeux sont différents, les mécanismes électoraux aussi. Revenons au plan local.
Avec nos structures administratives qui se superposent il y a pléthore de postes, de plus les rémunérations n’ont cessé d’augmenter (« plus de 50% entre 2000 et 2001, 37% en 2002, 13% en 2003). ») et l’action politique tend à se professionnaliser.
« Faire de la politique c’est être élu », et rester un élu, c’est adopter « un discours de proximité » incolore , voire a-politique, en tout cas plus marqué par une logique de gestion que par une logique partisane « les élus sont absorbés par leur tâche de gestion…et négligent localement de développer le parti et le militantisme »
Autre constat : les alliances locales n’obéissent à aucune stratégie nationale sauf celle du « pragmatisme électoral », un seul mot d’ordre , une seule valeur, se maintenir « pour exister » C’est la prime au sortant, à la personnalité connue ou reconnue, aux jeux et aux intérêts individuels , et aux préoccupations électoralistes plutôt que programmatiques.
La logique des carrières vient renforcer la tendance avec la pratique du cumul de mandats, de la personnalisation du pouvoir, la crainte d’une reconversion difficile en cas de retour dans la sphère professionnelle privée favorise un esprit de caste, de quasi inamovibilité politique. Il n’est pas sûr que les élus, qui sont en même temps les cadres du parti, jouent le jeu de la concurrence avec « les nouveaux venus qui sont susceptibles de contrarier les équilibres »ni même qu’ils cherchent à développer le militantisme.« Le travail militant (en dehors des phases de mobilisation électorale) est cantonné au plus bas de l’échelle des pratiques » « les intérêts professionnels se confondent avec les intérêts militants, nombreux sont ceux qui dépendent très directement des élus … »
Entre faire de la politique ou vivre de la politique l’auteur , à propos de la gauche plurielle ,résume sa pensée par une boutade
« La lutte des places tend à se substituer à la lutte des classes »
Sans doute Martine AUBRY, secrétaire générale du PS, a-t-elle voulu, en lançant la rénovation de son parti, répondre à ces griefs et corriger l’image d’un parti « en apesanteur sociale » qui se « rétracte sur ses réseaux d’élus ». La rénovation annoncée ces jours-ci, soutenue par les militants socialistes (90 000 sur 200 000 soit un sur deux) passe par une réforme des règles de fonctionnement, la généralisation de la parité, le non cumul des mandats et un statut de l’élu, la création d’une commission indépendante pour faire respecter les règles éthiques, l’ouverture de primaires pour la désignation du candidat présidentiel … etc … (source LM «3/10/09)
De telles préoccupations ont-elles effleuré la droite dont la transformation était amorcée en 2002 sous l’égide de Nicolas SARKOZY : ce dernier substituait l’UMP au RPR, il débauchait en signe d’ouverture les élus ex-UDF qui s’étaient démarqués du RPR et de l’Etat RPR , il transformait son parti en machine à gagner les élections. Objectif atteint, nommé à la Présidence de la République en 2007, Nicolas SARKOZY instaure l’Etat Sarkozien contre lequel s’élève F BAYROU.
Au sein du Mouvement Démocrate (MODEM) créé en décembre 2007 sur les structures de l’ex-UDF par son président F BAYROU, « faire de la politique autrement » devient un slogan, et comme par hasard la plupart des notables ex-UDF quittent le MODEM lorsque F BAYROU affiche sa franche opposition à Nicolas SARKOZY, et au modèle de gouvernance qu’il impose « je suis élu , je fais ce que je veux »
Le MODEM de FBAYROU s’est engagé sur les ressources de la démocratie ( d’où son appellation) et son aptitude à répondre aux défis de demain mais sa vision d’un autre monde possible tarde à venir. La cacophonie électoraliste à laquelle il a sacrifié lors des élections municipales ne rend pas compte de son message politique qui demeure brouillé aux yeux de l’opinion publique. La défaite aux européennes démontre une certaine déficience à anticiper le regroupement des forces de transformation écologiste qui a émergé dans le paysage politique français ?
Dans la perspective des élections régionales, le MODEM se tourne vers l’électorat de gauche et tous ceux qui s’opposent à l’Etat Sarkosyen et au modèle d’une société fondée sur les inégalités croissantes , opposition en plein dans la tradition socialiste en panne d’avancée idéologique . Il est temps que le MODEM qui affectionne de se positionner en gestionnaire de l’excellence (ce qui est bon ou moins bon chez les autres ) propose son propre contre modèle de société de la façon la plus détaillée que possible de sorte que l’électorat, pris dans son ensemble y voit une véritable alternative, nécessairement partisane au soutien de ses choix .( cf annexe)
Alors rendez vous à ARRAS au mois de décembre pour faire et/ou vivre de la politique l’un n’excluant pas l’autre et vice versa
Annexe :
1 .Favoriser une culture du transport en commun , l’apprentissage subséquent d’une liberté de circulation étendue au niveau européen Envisager le transport gratuit pour la jeunesse de 15 à 21 ans
2 .Développer la syndicalisation dans le monde du travail et l’émergence d’un contre pouvoir salarié dans l’exercice d’une libre expression reconnue et protégée , dans l’entreprise ou en dehors, et d’une action juridique capable d’en défendre les intérêts légitimes. Définir une appartenance syndicale systématique en interaction avec les forces économiques qui l’environnent.
3 .Accorder une année d’abonnement gratuit à un quotidien politique pour tout citoyen qui en fait la demande, instituer des formations gratuites à internet et à l’exercice de l’e démocratie.
4 .Mettre en œuvre des crédits à la consommation à taux zéro pour tous les produits « verts » en définir la liste de la façon la plus extensible possible ( la voiture verte, la maison verte, les produits alimentaires bio) définir la qualité environnementale du consommateur tant au point de vue de sa santé alimentaire , que de son logement en ville ou en dehors, ou de ses loisirs de pleine nature, développer un contre pouvoir des consommateurs dans l’exercice d’un libre boycottage des produits nuisibles à son plein épanouissement
5 .Favoriser tous les droits sociaux de la personne , et tout ce qui permet de développer le sentiment de solidarité ( sécurité sociale , et services publics, fiscalité transparente )
6 .Sur un plan international, abandonner le commerce des armes et l’exploitation dominatrice des ressources naturelles des peuples opprimés ( ex la Guinée…etc) venir en aide aux population affamées.
Cet article est publié dans mon blog politique perso http://christian.nannini.free.fr/ ou MOnpostDEMocrate.eu