octobre, 2009

PETITS BRICOLAGES ENTRE AMIS
UN POINT DE VUE SYSTÉMIQUE SUR LA CRISE
Introduction

Sommes nous en train de sortir de la crise ? Ou bien comme s’interroge Michel Rocard (le Monde du 07/07/2009)  « la crise du capitalisme va t-elle continuer ? » ? Paul Jorion, sociologue et économiste, nous met en garde devant l’apparente confiance retrouvée qui reposerait plus sur l’espoir d’une reprise que sur une réalité sociale et économique.

Cette crise a maintes fois été décrite comme une crise « systémique ». Nous proposons dans ce texte de préciser le sens véritable de ce qualificatif et de rester dans une perspective systémique pour en tirer les conséquences en matière de sortie de crise.

Etant donné la longueur du texte, nous avons choisi de le publier en plusieurs parties à paraître chaque jour :

1 : Y-a-t-il un bricoleur dans la crise ? le 17 Août, où il sera question de l’évaluation de la gravité de cette crise et des attitudes qui l’accompagnent.

2 : Le monde est systémique ou n’est pasle 18 Aoûtoù il sera  question de préciser le qualificatif « systémique » et son utilité ici

3 : Trop d’infos tue l’infole 19 Aoûtoù il sera question du traitement de l’information par le système

4 : Sauve qui peut le 20 Août, où il est question des différents types de sorties de crise

5 : Pour atteindre un but il faut l’abandonner (ouf !) : le 21 Août,  où il sera question des buts conscients et de notre maîtrise possible du changement

: Que reste-t-il de nos amours ? : le 22 Août, où il sera question de la manière de trouver le chemin des solutions possibles

7 : Les moyens ne justifient pas la fin (ou l’inverse ?) et la conclusion : le 24  Août où il est question du chemin à faire

lesailes et christian

Cet article est publié dans mon blog politique perso   http://christian.nannini.free.fr/ ou MOnpostDEMocrate.eu

La Sarkosienne

Cela sonne comme un nouvel hymne national non pas à la Beethoven ni à la Chopin, mais à la Carla Bruni. L ‘épisode de Jean SARKOSY dans l’actualité de ces dernières semaines donne le « la ».

PREMIER MOUVEMENT : la cible

Jean SARKOSY, dont le papa est le Président de la République de tous les français, annonce qu’il briguera la Présidence de l’EPAD (Etablissement Public d’Aménagement de la Défense). Il s’agit d’un organisme public où des représentants de l’Etat siègent au Conseil d’administration (composé de 18 membres : 9 membres nommés dans les ministères de l’Economie, l’Equipement, la Culture et l’Intérieur ainsi que 4 élus de droite et 4 élus de gauche et un représentant de la Chambre de Commerce et de l’Industrie de Paris). Il est évident qu’avant d’être Président d’un Conseil d’administration il convient d’en être un de ses membres. Au moment de l’annonce Jean SARKOSY n’est ni l’un ni l’autre. En revanche, les ambitions sont affichées, les concurrents sont prévenus, la cible est définie : être à la tête d’une structure papa-étatique, pardon, para-étatique dont la vocation économique consiste à gérer le territoire du quartier d’affaires de la Défense , le plus grand quartier d’affaires d’Europe.

DEUXIEME MOUVEMENT : le tireur

Jean SARKOSY, 23 ans, étudiant en droit, passionné par la politique « familiale » et le spectacle médiatique qu’elle attire, est un jeune homme ambitieux qui a commencé par faire du théâtre, au contraire de Bernard TAPIS qui a fini par en faire après un passage remarqué en politique. Il est élu conseiller général sur les terres du département des Hauts de Seine, que son papa tenait de Charles PASQUA, le spécialiste de la raison d’Etat« la raison d’Etat commence là où la liberté s’arrête »

Jean SARKOSY quoique inexpérimenté maitrise déjà un langage politicien très recherché en faisant les questions et les réponses:« Est ce j’en ai parlé au président ? dit-il. « non ». « Est-ce que j’en ai parlé à mon père ? « oui ». Si lui peut faire la différence , pourquoi pas nous?

TROISIEME MOUVEMENT : Le tollé médiatique

Enquêtes, sondages d’opinions, tous les médias ont été mobilisés sur cet épisode sarkosien de népotisme intégral y compris la presse internationale toujours prête à se moquer de l’arrogance française. Fallait-il en avoir de l’arrogance pour, en pleine polémique, adresser à la jeunesse un message présidentiel sur la méritocratie républicaine et la fin des privilèges de la naissance.

Et quel degré de soumission faut-il atteindre pour voir ces personnalités politiques faire front derrière Jean SARKOSY, fustigeant la chasse à l’homme dont il était l’objet, alors qu’il apparaissait évident aux yeux de tous, que ce jeune homme ne présentait pas le profil pour être à la tête d’un organisme comme l’EPAD, sauf à considérer , légitimement, qu’il était un homme de mains d’un pouvoir suzerain.

QUATRIEME MOUVEMENT : le résultat

Après la polémique, c’est le scoop auquel se prête la chaine publique France 2 au journal de 20 heures le jeudi 22 octobre . Le petit Jean qui a fait couper ses mèches de cheveux est reçu comme un grand, comme pour un grand oral. Jean SARKOSY, sous l’œil des caméras, annonce qu’il renonce à briguer la Présidence de l’EPAD ( ouf tout le monde a eu peur !) et le papa aurait même dit que le fiston avait pris une bonne et sage décision ( ouf tout le monde y avait cru !)

«  Si je suis élu, dit –il, je ne briguerai pas la Présidence » tout en pensant tellement fort que cette élection au conseil d’administration était acquise pour lui, que s’en était époustouflant de vérité.

On apprend le Vendredi 23 octobre 2009 que le Conseil général a élu administrateur de l’EPAD le jeune SARKOSY …dans un fauteuil … ce qui pourrait prolonger la polémique (http://www.nordeclair.fr/France-Monde/France/2009/10/25/epad-la-polemique-est-elle-terminee.shtml)

Mais foin de polémique , une nouvelle étoile politique est née , demain tu seras Président du Conseil général des Hauts de Seine , mon fils .

L’enjeu du MODEM:
une alternative crédible ou une utopie jouable

On fait de la politique en faisant aussi ( ou toujours…) de l’arithmétique, c’est en substance ce que laisse deviner Eric AZIERE responsable des élections au Modem. Pour ce qui concerne les élections régionales, il affirme « il faut jouer le rassemblement pour faire en sorte que l’arithmétique fonctionne ». Certes, il a raison le bougre.

De son coté,le secrétaire  général des Verts Jean Vincent PALCE( cf le Figaro du 12/10/09) est tout aussi favorable à un rassemblement, au premier tour, selon lui, avec tous les écologistes .Pour les Verts, pas question d’alliance avec l’UMP qui revendique « une écologie de droite »chantée par la secrétaire d’Etat à l’Ecologie Chantal JOUANNO « nous ne voulons pas de la décroissance, dit-elle, …nous ne voulons pas interdire les 4×4 !!! » (LM du 15/10/09)

Les Verts n’envisagent pas d’alliance au plan national avec F.BAYROU, mais en revanche  ils sont favorables à des accords régionaux avecCorinne LEPAGE, représentant la branche écolo du MODEM ou Antoine WAECHTER représentant le Mouvement écologiste indépendant (MEI) (en Alsace, Haute Normandie, Pays de la Loire)

Que faut-il en penser ?

D’une part, au cours d’un entretien accordé au Monde ( LM du 11-12/10/09) F.Bayrou se démarque des Verts. « Sur le fond j’ai une différence avec eux », dit-il, « l’environnement est un problème pour l’humanité, mais je ne crois pas que les problèmes de la société se résument à l’environnement. Les banlieux, les inégalités sociales, l’école, la santé, la situation des jeunes totalement abandonnés, celle des finances publiques ne se résument pas au problème de l’environnement. »

D’autre part on connait l’engagement de Corinne LEPAGE, sa vice Présidente sur le terrain de l’écologie politique : elle prétend qu’« il y a un vrai projet politique dynamique et d’avenir autour de l’écologie entendue au sens d’une évolution soutenable, qui respecte les libertés publiques, la démocratie, la justice ». Cette conception de l’évolution ne se réduit pas à l’évocation d’une  protection de l’environnement mais induit un changement de cap en résistance à une terreur économique dont le citoyen de France , d’Europe , et du Monde fait les frais : pas besoin d’inventer la crise pour la démonstration, elle est là et elle nous tient encore.

Quelle stratégie pour le MODEM  ?

F BAYROU prône, on le sait,  le rassemblement électoral contre la Sarkosie, il n’oublie certainement pas ( avec les 8,5 % des européennes) que  la politique c’est aussi de l’arithmétique et lance son  « offre publique de dialogue » pour les élections à venir. Face à la percée des Verts, il dit« essayer d’être l’accoucheur d’un espoir crédible pour le pays » sans doute estime-t-il que l’écologie politique telle que le vainqueur des européennes Daniel Cohn BENDIT la défend  n’est pas un projet politique suffisamment crédible, reste à savoir s’il a la même opinion de« l’évolution durable » soutenue par Corinne LEPAGE .

Et au delà de ces divergences que l’on sent poindre à la tête du MODEM, sur ce qui doit changer, face à la « crise » de croissance d’un coté et la « crise » climatique de l’autre , il paraît de plus en plus évident qu’un mouvement politique qui prône l’alternative, la troisième voie, l’autre monde possible,  ne peut que modéliser la société dans laquelle nous voulons vivre en contre exemple de celle dans laquelle nous vivons. Et n’est ce pas la vocation du Modem, de proposer une alternative , une autre voie, un autre monde ? et répondre ainsi aux espérances de demain.

En conclusion citons F BAYROU lors de son discours du 29 Mars 2009 à la convention sur le projet européen du Mouvement Démocrate à la Maison de la Chimie à Paris, ici

« le modèle inégalitaire pour la France, c’est un modèle qui injurie notre histoire et nous n’avons qu’un mot à répondre c’est non, nous n’allons pas dans cette direction, nous choisissons une autre direction »  « c’est même cela l’engagement politique , un autre monde est possible et cet autre monde nous allons le construire » Seul le prononcé  fait foi.

Cet article est publié dans mon blog politique perso   http://christian.nannini.free.fr/ ou MOnpostDEMocrate.eu

faire de la politique ou vivre de la politique

Voilà une bonne question, et le Monde diplomatique dans son numéro d’octobre tente d’y répondre sous la plume de Remi LEVEBVRE (prof sciences Po Lille II ) qui analyse les avatars de la gauche plurielle (PS, Verts, PCF) qui peine à se rassembler sur un projet socialiste alternatif. Pourquoi ?

Force est de constater que « depuis 2002, la gauche … n’a jamais autant prospéré localement. » qu’ainsi le PS « est à la tête de 20 régions sur 22.., d’une cinquantaine de conseils généraux … , il compte 694 conseillers régionaux et 640 conseillers départementaux, 2913 maires en 2005 » et de nombreux conseillers municipaux, chiffres qui se sont améliorés lors des dernières élections municipales « Il est même en passe de devenir majoritaire au Sénat. »

La droite au gouvernement, la gauche bénéficierait dans les élections intermédiaires locales (municipales, départementales et régionales) d’une prime liée à un phénomène de rééquilibrage du pouvoir en sa faveur, auquel elle n’est pas prête de renoncer. L’idée certes, est que l’implantation locale rend visible un parti, mais tout autant, pourrait-on rétorquer, que la représentation nationale et ses leaders qui l’animent. Il est vrai qu’au plan national (élections présidentielles ou législatives) les enjeux sont différents, les mécanismes électoraux aussi. Revenons au plan local.

Avec nos structures administratives qui se superposent il y a pléthore de postes, de plus les rémunérations n’ont cessé d’augmenter (« plus de 50% entre 2000 et 2001, 37% en 2002, 13% en 2003). ») et l’action politique tend à se professionnaliser.

« Faire de la politique c’est être élu », et rester un élu, c’est adopter « un discours de proximité » incolore , voire a-politique, en tout cas plus marqué par une logique de gestion que par une logique partisane « les élus sont absorbés par leur tâche de gestion…et négligent localement de développer le parti et le militantisme »

Autre constat : les alliances locales n’obéissent à aucune stratégie nationale sauf celle du « pragmatisme électoral », un seul mot d’ordre , une seule valeur, se maintenir « pour exister » C’est la prime au sortant, à la personnalité connue ou reconnue, aux jeux et aux intérêts individuels , et aux préoccupations électoralistes plutôt que programmatiques.

La logique des carrières vient renforcer la tendance avec la pratique du cumul de mandats, de la personnalisation du pouvoir, la crainte d’une reconversion difficile en cas de retour dans la sphère professionnelle privée favorise un esprit de caste, de quasi inamovibilité politique. Il n’est pas sûr que les élus, qui sont en même temps les cadres du parti, jouent le jeu de la concurrence avec « les nouveaux venus qui sont susceptibles de contrarier les équilibres »ni même qu’ils cherchent à développer le militantisme.« Le travail militant (en dehors des phases de mobilisation électorale) est cantonné au plus bas de l’échelle des pratiques »  « les intérêts professionnels se confondent avec les intérêts militants, nombreux sont ceux qui dépendent très directement des élus … »

Entre faire de la politique ou vivre de la politique  l’auteur , à propos de la gauche plurielle ,résume sa pensée par une boutade

« La lutte des places tend à se substituer à la lutte des classes »

Sans doute Martine AUBRY, secrétaire générale du PS, a-t-elle voulu, en lançant la rénovation de son parti, répondre à ces griefs et corriger l’image d’un parti « en apesanteur sociale » qui se « rétracte sur ses réseaux d’élus ». La rénovation annoncée ces jours-ci, soutenue par les militants socialistes (90 000 sur 200 000 soit un sur deux) passe par une réforme des règles de fonctionnement, la généralisation de la parité, le non cumul des mandats et un statut de l’élu, la création d’une commission indépendante pour faire respecter les règles éthiques, l’ouverture de primaires pour la désignation du candidat présidentiel … etc … (source LM «3/10/09)

De telles préoccupations ont-elles effleuré la droite dont la transformation était amorcée en 2002 sous l’égide de Nicolas SARKOZY : ce dernier substituait l’UMP au RPR, il débauchait en signe d’ouverture les élus ex-UDF qui s’étaient démarqués du RPR et de l’Etat RPR , il transformait son parti en machine à gagner les élections. Objectif atteint, nommé à la Présidence de la République en 2007, Nicolas SARKOZY instaure l’Etat Sarkozien contre lequel s’élève F BAYROU.

Au sein du Mouvement Démocrate (MODEM) créé en décembre 2007 sur les structures de l’ex-UDF par son président F BAYROU, « faire de la politique autrement » devient un slogan, et comme par hasard la plupart des notables ex-UDF quittent le MODEM lorsque F BAYROU affiche sa franche opposition à Nicolas SARKOZY, et au modèle de gouvernance qu’il impose « je suis élu , je fais ce que je veux »

Le MODEM de FBAYROU s’est engagé sur les ressources de la démocratie ( d’où son appellation) et son aptitude à répondre aux défis de demain mais sa vision d’un autre monde possible tarde à venir. La cacophonie électoraliste à laquelle il a sacrifié lors des élections municipales ne rend pas compte de son message politique qui demeure brouillé aux yeux de l’opinion publique. La défaite aux européennes démontre une certaine déficience  à anticiper le regroupement des forces de transformation écologiste qui a émergé dans le paysage politique français ?

Dans la perspective des élections régionales, le MODEM se tourne vers l’électorat de gauche et tous ceux qui s’opposent à l’Etat Sarkosyen et au modèle d’une société fondée sur les inégalités croissantes , opposition en plein dans la tradition socialiste en panne d’avancée idéologique . Il est temps que le MODEM qui affectionne de se positionner en gestionnaire de l’excellence (ce qui est bon ou moins bon chez les autres ) propose son propre contre modèle de société de la façon la plus détaillée que possible de sorte que l’électorat, pris dans son ensemble y voit une véritable alternative, nécessairement partisane au soutien de ses choix .( cf annexe)

Alors rendez vous à ARRAS au mois de décembre pour faire et/ou vivre de la politique l’un n’excluant pas l’autre et vice versa

Annexe :

1 .Favoriser une culture du transport en commun , l’apprentissage subséquent d’une liberté de circulation étendue au niveau européen Envisager le transport gratuit pour la jeunesse de 15 à 21 ans

2 .Développer la syndicalisation dans le monde du travail et l’émergence d’un contre pouvoir salarié dans l’exercice d’une libre expression reconnue et protégée , dans l’entreprise ou en dehors, et d’une action juridique capable d’en défendre les intérêts légitimes. Définir une appartenance syndicale systématique en interaction avec les forces économiques qui l’environnent.

3 .Accorder une année d’abonnement gratuit à un quotidien politique pour tout citoyen qui en fait la demande, instituer des formations gratuites à internet et à l’exercice de l’e démocratie.

4 .Mettre en œuvre des crédits à la consommation à taux zéro pour tous les produits « verts » en définir la liste de la façon la plus extensible possible ( la voiture verte, la maison verte, les produits alimentaires bio) définir la qualité environnementale du consommateur tant au point de vue de sa santé alimentaire , que de son logement en ville ou en dehors, ou de ses loisirs de pleine nature, développer un contre pouvoir des consommateurs dans l’exercice d’un libre boycottage des produits nuisibles à son plein épanouissement

5 .Favoriser tous les droits sociaux de la personne , et tout ce qui permet de développer le sentiment de solidarité ( sécurité sociale , et services publics, fiscalité transparente )

6 .Sur un plan international, abandonner le commerce des armes et l’exploitation dominatrice des ressources naturelles des peuples opprimés ( ex la Guinée…etc) venir en aide aux population affamées.

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