6 / Que reste-t-il de nos amours ?
S’il est maintenant plus clair (partie V), que :
- étant entendu le fait que les systèmes complexes échappent à notre capacité de conscience, vouloir leur appliquer une programmation par objectifs relève du mythe et nous devrions alors abandonner l’idée d’une maitrise de leur évolution
- et sans doute devrions nous aussi abandonner la manière habituelle de s’attaquer aux problèmes qui est de les analyser et de les comprendre pour tirer des conséquences en termes de corrections nécessaires, puisque là aussi nous n’aurons jamais toutes les informations nécessaires. Cette méthode (compréhension, explication, corrections) montre d’ailleurs ses limites dés que nous avons affaire à des systèmes complexes : nous avons beau avoir les explications les plus subtiles à propos de cette crise, nous ne trouvons pas pour autant éclairés sur la manière de changer les choses. Il est alors logique qu’il puisse y avoir un minimum de consensus sur les causes sans que cela entraine des accords sur les solutions.
- alors si nous devons laisser tomber nos bonnes vieilles croyances de maitrise concernant le changement, que nous reste-t-il comme principe d’action ? Et là également, nous pouvons trouver quelques appuis dans l’approche systémique.
Tous les apprentis systémiciens ont passé le test des neufs points : il s’agit de relier par quatre lignes droites et sans lever le crayon neuf points alignés sur trois colonnes.
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La seule façon d’y arriver est de se donner la permission de sortir du carré dessiné par les neuf points : c’est comme si aucune solution n’était possible si l’on reste à l’intérieur des données du départ. Ce qui peut s’entendre comme le fait que la résolution d’un problème ne peut se faire à l’intérieur des données du problème : il faut ouvrir les possibles pour entrevoir la sortie.
carré imaginaire
Or la définition d’un objectif de résolution ou de correction se fait traditionnellement à partir de l’analyse et des données d’un problème. Mais quand nous avons à faire avec la complexité des systèmes vivants, il arrive bien souvent que cette façon de s’y prendre nous fasse « tourner en rond » ou parcourir des cycles de crises successives. Souvent efficace pour résoudre de petits problèmes limités, cette méthode se montre peu utile dés que les problèmes sont larges et touchent à la globalité du système. Il s’agit alors d’inventer et de sortir des descriptions de la réalité qui ne permettent pas l’ouverture aux solutions pour devenir créatif.
L’exercice mental que cela suppose est essentiel, c’est un exercice de «desendoctrinement » ; personne en effet ne nous a imposé de rester dans le carré imaginaire. Qui nous impose de rester dans la loi du marché ?
Si l’image que nous obtenons quand les morceaux du puzzle sont à leur place ne convient pas, alors il ne sert à rien de retourner les morceaux dans tous les sens pour changer cette image : changer de pièces, rajouter des pièces…. sont alors de meilleures techniques.
Donc ouvrir les possibles, sortir de l’endoctrinement pour commencer. Les programmations par objectifs nous ferment aux possibles et, d’autre part, nous mettent dans des positions de stratèges, sans doute utiles quand il s’agit de jouer au billard et de savoir quelle boule viser pour qu’elle touche une autre boule, … mais peu fiables pour prédire les effets de ces actions sur les humains si peu prévisibles, quand on les pense comme des systèmes complexes.
Abandonner la maitrise du changement par l’objectif, et la bonne vieille méthode de l’explication-donc-correction, n’est pas équivalent à abandonner l’idée de finalité. La finalité de nos actions se définit comme une sorte de projection un monde possible, un monde qui ressemblerait à nos valeurs. Pas une programmation, simplement une esquisse. La finalité est une manière de poser des priorités et de vérifier que nous sommes en accord avec ce qui est essentiel.
Ce qui signifie que si nous ne pouvons pas prévoir où vont nous mener les actions et les décisions que nous prenons aujourd’hui, il est au moins possible de rester cohérents par rapport aux valeurs qui nous servent de guides.
Si nous ne pouvons pas programmer la fin comme but et objectif conscients alors nous pouvons au moins rester fidèles à nous mêmes et réfléchir à notre positionnement. Même si cela peut paraître regrettable à certains, nous n’avons pas de maitrise directe sur l’évolution mais nous pouvons activer les processus de changement vers le mieux (quel qu’il soit) en servant ces valeurs.
Si ces valeurs ont pour nom « démocratie »que faut-il penser lorsque, sous le prétexte de l’efficacité on se détourne du contrôle du citoyen en faisant valoir que le temps presse, qu’il faut aller de l’avant et que d’autres sont suffisamment éclairés pour prendre les bonnes décisions en son nom, ou d’en convaincre le citoyen lui-même par l’effet manipulatoire d’une désinformation organisée.
Rappelons nous, par exemple, ce « non » populaire au référendum de 2005 censé faire adopter une constitution pour l’Europe, et ce « oui » parlementaire qui a suivi, à un Traité de Lisbonne dont la finalité, manifeste pour tous, était de contourner le rejet référendaire du citoyen. Ce faisant les responsables politiques, agissant dans l’intérêt affiché de l’Europe et de sa construction, ont coupé l’Europe du contrôle citoyen et il est intéressant, en miroir , de compter les abstentions lors des élections européennes de Juin 2007 ( 60 % une majorité qui devient …qualifiante !!!)
Vive l’efficacité ! Alors la fin justifie-t-elle les moyens?
Toute action qui sacrifie les moyens au service d’une fin, sacrifie en fait les principes et les valeurs de son auteur et lui fait courir le risque de perdre le lien avec la finalité.
Ceci nous conduit à un point essentiel qui est le débat concernant les valeurs guide . N’est ce pas la mise en bière de nos principes de « démocratie humaniste » selon l’expression de F BAYROU (le seul à avoir commencer à recentrer là dessus le discours politique) qui nous a mis en si piteux état aujourd’hui ? Mais il est vrai que nous avons été largement endoctrinés par la nécessité du consentement à « la réalité », par la politique de la contrainte consentie et de la soumission au : « c’est le marché qui impose… ».
Petit exercice :
Quelles sont les valeurs de nos sociétés occidentales ?
Réponse :
« nous contre l’environnement
nous contre les autres humains
seul l’individu compte
nous pouvons contrôler unilatéralement l’environnement
nous devons rechercher ce contrôle
nous vivons à l’intérieur de frontières que nous pouvons repousser indéfiniment
le déterminisme économique obéit au sens commun
la technologie résoudra tous nos problèmes »
… écrivait G. BATESON en 1970….
et rien de changé pour l’instant !
Alors cap vers le XXIème siècle mais comment ?