Touchés-Coulés par François BAYROU Président du MODEM
Les résultats des élections régionales ne sont pas bons pour le MODEM . Inutile de chercher notre score en Languedoc Roussillon : nous n’étions même pas représentés, et pourtant nous avions désigné un leader, Marc DUFOUR, et sa liste était prête .
F BAYROU n’en a pas voulu.
C’est à cause, dit-il, d’une « manœuvre »( France Inter 4 mars). On croit entendre la théorie du complot véhiculée par BERTA-VEZON ( dirigeants du Gard) sur un air de paranoïa politique. Attention !!! la gauche fréchiste tenterait de mettre sous influence le Modem régional avec la complicité de Marc DUFOUR.
Quelle tristesse ! Nos militants languedociens ne méritaient pas d’être ainsi traités et F BAYROU a prêté la main à ça, il nous a touchés coulés.
1. Revenons sur la préparation de ces élections régionales.
Depuis les européennes Corinne LEPAGE prône l’alliance avec Europe Ecologie. Marielle de SARNEZ, quant à elle, va se rapprocher des Vincent PEILLON et autres, avec la bénédiction de F BAYROU et donne l’impression que le MODEM se gauchise. F BAYROU, le toujours omni-opposant à SARKOZY, demande aux instances nationales d’avaliser le choix de présenter des listes autonomes au premier tour. Le risque est grand, selon les sondages, de passer en dessous des 5%, limite légale pour commencer à être remboursé de ses frais de campagne. La rumeur court que le siège national n’envisage aucune aide financière. Pour le premier tour l’essentiel sera de bien marquer sa différence et son identité face aux deux blocs UMP et PS : pour le reste ( le non remboursement des frais) ce n’est pas un problème, mener une liste est un honneur et vaut bien quelques sacrifices financiers.
Pour le deuxième tour Il n’y a aucune stratégie nationale affichée, sauf que l’opposition frontale entre F BAYROU et Nicolas SARKOZY décourage d’une alliance avec l’UMP. Que penser alors d’un accord avec le parti socialiste, c’est à dire avec Martine AUBRY, sa secrétaire générale, qui est en train de reprendre en mains le parti socialiste et de lui donner d’autres principes d’action ( voir la déclaration de principes adopté en juin 2008 ) ?
Il faut patienter jusqu’au 20 janvier (soit 4 jours avant le lancement de la campagne électorale du Modem) pour entendre F BAYROU, invité de l’émission «les questions du mercredi» sur France Inter, expliquer sa stratégie.
Le Mouvement démocrate, insiste -t-il, est le « centre, démocrate ,libre et autonome » tel qu’il l’a voulu ..Il martèle qu’être au centre pour lui« c’est refuser la bipolarisation de la vie politique », c’est à dire refuser que la famille centriste qu’il représente subisse la tutelle de l’un ou l’autre camp (UMP ou PS). Il n’est pas seul à tenir ce discours et c’est même la raison pour laquelle certains journalistes depuis les présidentielles, l’ont classé «extrême centre».
Il prône de rester autonome pour le deuxième tour (nous savons qu’il n’y aura pas de deuxième tour ), ou de rechercher une majorité de coalition« avec des gens qui nous respecteront ». Plutôt évasive comme formule !
Quelques semaines plus tard, le 4 mars, toujours sur France Inter, interviewé par N Demorand, F BAYROU nous éclaire enfin sur les éventuelles alliances du second tour. Il exclut évidemment tout accord avec l’UMP, qui soutient les dérives anti républicaines du Sarkozysme. Pas d’alliance non plus avec le PS, alors qu’à une certaine époque on aurait pu penser à un éventuel rapprochement . Martine AUBRY ne semble cependant pas en faire une question prioritaire : elle détient pratiquement toutes les régions et compte bien que son parti sorte à nouveau victorieux des élections régionales dans lesquelles SARKOZY s’engage sans vergogne.
F BAYROU n’écarte pas l’hypothèse de majorités locales au cas par cas le fameux pragmatisme électoraliste (déjà utilisé aux municipales) qui peut commander « des majorités nouvelles » mais il est difficile de savoir avec qui, si ce n’est avec d’autres centristes, ou des écologistes mais certainement pas avec le front national .
Aujourd’hui, les résultats du premier tour des élections régionales nous conduisent à constater
- le taux important d’abstentionnistes, un français sur deux
- la percée du front national au dessus des 10 % de suffrages exprimés, et donc d’éventuelles triangulaires au deuxième tour
- la dégringolade du MODEM avec environ 4% des suffrages exprimés, sa disparition du second tour dans la plupart des régions.
Quelles sont les raisons de cet échec électoral du MODEM qui prétend devenir un parti de gouvernement et donc s’approcher d’une représentativité (avec coalition ou pas) équivalente à celle des deux blocs (entre 20 et 30 %) ?
2. Analysons cet échec aux élections régionales
Nous rappelons que la ligne politique de F BAYROU consiste à proposer une politique alternative au citoyen issu du projet humaniste élaboré collectivement au Congrès d’ARRAS. Cette proposition politique présentée au premier tour des régionales se voulait être « une proposition politique originale, équilibrée, forte, régionaliste ». En cette période de crise il fallait cependant insister sur l’emploi, les conditions pour donner du travail au plus grand nombre et la reconversion de l’économie en une croissance verte dont les régions pouvaient assurer le relais après la débâcle de Copenhague sur le réchauffement climatique. Ce message était partagé peu ou prou par toutes les formations politiques. Par conséquent, avoir des élus était synonyme de faire des alliances, mais l’offre publique de dialogue lancée par F BAYROU n’ a pas fonctionné.
Nous insistons sur le fait que la façon de diriger le MODEM imposée par F BAYROU qui est loin d’être satisfaisante.
D’une part, F BAYROU n’a pas pris au sérieux les dissensions internes qui se faisaient jour, estimant à tort qu’il ne pouvait s’agir que de querelles de personnes alors que la plupart du temps c’est la cohérence politique et stratégique du Modem qui était en jeu.
Prenons le cas du Languedoc Roussillon. Nous savions déjà que F BAYROU pouvait paraître comme un parfait autocrate répétant à l’envi : « la démocratie c’est pas le bazar ». Lorsqu’il est intervenu le 19 décembre 2009 à Montpellier pour mettre de l’ordre, il a traité de nuls les militants qui se plaignaient des dissensions internes. Sûr de son influence, il a proposé des primaires (hors statuts) dans le Languedoc Roussillon, créant ainsi une distorsion avec les autres régions. La proposition d’instaurer dans notre région un binôme femme homme tête de liste entrainait aussi une situation inégalitaire avec les autres régions où une telle modalité n’avait pas été retenue. Vouloir « débarquer » le gagnant des primaires (Marc DUFOUR) au profit du perdant (Patrice DREVET) et d’une autre formation politique (Alliance écolologiste indépendante), était-ce là l’indépendance souhaitée pour le MODEM et toute la confiance accordée aux languedociens ?
D’autre part, F BAYROU n’a pas su cimenter l’alliance avec CAP 21 et Corinne LEPAGE pourtant cofondatrice du MODEM : en l’état des rumeurs qui circulent l’UDF et CAP 21 n’ont pas réussi leur unité. ( *)
Qui est incapable de fédérer dans ce Mouvement ? Là aussi utilisera-t-on la théorie du complot ou de la manœuvre, pour toute explication ? Pour quelles raisons le débat n’est-il pas ouvert de façon transparente sur ces difficultés ? L’unité originelle et fondatrice est-elle déjà jetée aux orties ? Que faut-il en penser au plan politique ?
3. Parlons donc de politique puisque c’est ce qui nous rassemble.
F BAYROU en développant l’idée d’un arc central sur l’échiquier politique croit toujours pouvoir fédérer l’électorat sur les erreurs politiques des partis de droite et de gauche embarqués sur le bateau amiral du libéralisme économique. Mais le réformisme de bon aloi qu’il préconise n’est pas, à mon sens, suffisamment démonstratif d’une volonté de changement. Le système économique actuel assure la croissance, la croissance est ce qui produit de la richesse, elle est ce qu’elle est et n’est surtout pas remise en cause par notre Mouvement. La croissance est le maître mot, le reste n’est que péripéties : crise financière de la haute finance, renflouement des banques d’affaires par les Etats, attaques spéculatives sur ces mêmes Etats, attaques spéculatives sur les matières premières … Les citoyens et notamment ceux qui sont en difficultés ne voient pas d’un bon oeil la montée du chômage et la politique de rigueur qui se profile à l’horizon présentée comme incontournable dans un consensus magnifique des puissants.
F BAYROU, dans la bonne tradition barriste, critique les déficits budgétaires. Comme le ferait n’importe quel comptable public, il est partisan d’une politique de rigueur pour rétablir les comptes de la nation et il imagine même inscrire dans la constitution l’interdiction des déficits budgétaires (les économistes ne sont pas tous d’accord sur ce point .)
C’est quoi la rigueur envisageable ?
La réponse intéresse chacun d’entre nous : on pense d’abord à la réduction des dépenses publiques avec un tour de vis sur la rémunération des fonctionnaires, la réduction du personnel des services publics, c’est la réduction des avantages retraite, c’est l’augmentation des impôts, c’est la réduction de la dette par l’inflation et la réduction de l’endettement par l’augmentation des taux d’intérêts de l’argent prêté…etc
Encore faudrait-il, préalablement au réajustement de nos finances publiques, faire le détail entre l’endettement avant la crise et l’endettement après la crise.
Déjà impopulaire, la politique de rigueur risquerait de devenir franchement anti démocratique s’il s’agissait de compenser la part d’endettement du à la crise provoquée par le monde des affaires (et ses banksters, ceux qui continuent à toucher de confortables bonus), auquel le monde des contribuables a porté secours. Le citoyen comprendrait mal que les sacrifices consentis individuellement ou collectivement servent les intérêts d’un système irresponsable.
F BAYROU en se faisant le chantre de la politique de rigueur risque fort d’apparaître plus à droite que la droite actuelle, sauf à démontrer par une fiscalité transparente, que toutes les ressources, y compris celles des plus riches, sont mobilisées dans cette affaire de redressement de la France. Il lui appartient donc de proposer une réforme détaillée de la fiscalité sur le terrain de laquelle les masques ( je n’ai pas dit les têtes !!!) pourraient tomber (suppression des niches fiscales, des paradis fiscaux , renforcement de la lutte contre la fraude …etc).
4. Continuons à parler de la politique puisque c’est ce qui nous sépare
Pour quelles raisons F BAYROU a-t-il laissé Europe Ecologie occuper le terrain entre libéralisme et socialisme ? Pour quelles raisons n’a-il pas inventé avec Corinne LEPAGE le nouveau binôme écologie-démocratie qu’elle préconise, à substituer à l’aube de ce XXI siècle au binôme libéralisme-socialisme. S’il l’avait fait, sans doute n’aurait-il pas manqué le rendez vous des européennes et surtout il aurait donné au Mouvement démocrate la coloration écologiste qu’il méritait.
Aujourd’hui avec la crise, s’ajoute à la fausse urgence économique la vraie urgence écologiste (réchauffement climatique, épuisement des ressources naturelles notamment énergétiques, crise alimentaire et agricole, pollution environnementale). Pour quelles raisons F BAYROU n’a-t-il pas envisager sérieusement avec Corinne LEPAGE, une alliance nationale avec Europe Ecologie, sur le fondement d’une nouvelle manière d’appréhender l’économique et le politique, car la première leçon de la crise que nous traversons est que les forces économiques nous dominent comme tous ceux qui en sont les agents et n’ont de compte à rendre à personne.
Ma conclusion pour le moment est que « l’autre monde possible » évoqué par F BAYROU dans ses discours politiques s’accommode mal d’un projet démocrate insuffisamment précis sur le changement de cap. Notre projet démocrate est un projet humaniste qui n’est en fait réalisable que si, face aux diktats économiques, les forces démocratiques sont mises en mouvement vers un modèle de fonctionnement capitaliste moins destructeur de l’humain. Pour mettre en mouvement les gens, il faut mettre en place de façon de plus en plus poussée les processus de décisions démocratiques. En bref, on ne touche pas au mode de vie si l’on ne fait pas du savoir faire démocratique un objectif (par exemple de l’auto défense contre la surconsommation) .
Ce qui n’est pas exactement ce à quoi prépare le Mouvement démocrate que F BAYROU dirige de façon ouvertement autocratique. En Languedoc Roussillon nous en avons eu la funeste démonstration : toujours très habile dans le style : « je pense pour vous, et vous me suivez, les mécontents au placard ».
F BAYROU croit en une destinée qui le dépasse tout comme sa garde rapprochée qui fonctionne pour lui comme une écurie présidentielle. Soit, il nous faut un leader et il occupe la place. Mais en s’éloignant de Corinne LEPAGE, qu’il toise comme une vulgaire servante de sa stratégie de conquête du pouvoir, il va à contre courant de la logique institutionnelle du Modem, c’est à dire l’unité des deux groupements UDF (le libéralisme démocratique républicain du XX siècle) et Cap 21 (la modernité de l’écologie du XXI siècle). Manifestement, l’écologie politique (nécessairement de gauche car résistante aux modalités de la croissance néolibérale, celle qui se dispense de régulation extérieure au marché), n’est pas sa tasse de thé. Il est incommodé par la radicalité des verts, et la confrontation avec Daniel COHN BENDIT ( figure emblématique de Mai 68 et de la révolte estudiantine) le met hors de lui, et c’est le moins qu’on puisse dire à ce sujet.
Dans ces conditions, le rapprochement avec les mouvements de gauche, même s’il affirme être ouvert au dialogue, n’est pas à l’ordre du jour et les paroles fortes de ses discours sont à rapprocher davantage d’une nouvelle Droite, presque antinomique à celle de Nicolas SARKOZY qui manque du républicanisme qui sied aux chefs d’Etat. Au fond je garde l’impression finale que son opposition systématique à Nicolas SARKOZY s’apparente à une entreprise de séduction non pas de la gauche mais de la droite. Il gagne ainsi ses galons pour mériter de concurrencer aux prochaines présidentielles les Nicolas SARKOZY et autre Dominique STRAUSS KAHN.
Un seul message à ces prétendants, y compris à F BAYROU :
Le peuple n’a pas vocation à s’agenouiller. En fait, il a même été inventé pour dissuader les individus de la génuflexion. C’est le sens que je donne à mon engagement politique et à mon goût de la démocratie.
(*) NOTE D’ACTUALISATION du 19 mars 2010
Le 17 mars après la publication ce billet j’apprenais que Corinne LEPAGE quittait le MODEM . On savait déjà que des tensions existaient depuis septembre 2009 quand elle avait été interdite de tribune au Congrés d’Arras. Pour les régionales, elle avait laissé entendre que des membres de Cap 21 avaient dans certaines régions préparé une alliance de premier tour avec Europe Ecologie, notamment chez nous en Languedoc Roussillon mais aussi en Alsace, où une liste MODEM était représentée et où elle avait soutenu ostensiblement Europe Ecologie. Ce qu’on savait moins c’est qu’une procédure disciplinaire était engagée contre elle à ce sujet, procédure qui pose le problème des choix stratégiques et de leur discussion contradictoire dans le cadre statutaire, et de la légitimité du recours au disciplinaire. Selon l’entourage de BAYROU, elle allait être virée. “Plutôt minable , répliquait-elle, le procédé qui consiste à me menacer de procédure alors que je soulève une question de stratégie politique majeure ». Mais pour le fidèle LEHIDEUX, qui a perdu son mandat européen suite à la première déroute des européennes en juin 2009, c’est pas beau ce qu’elle a fait : le soir du premier tour, le 14 mars, Corinne LEPAGE n’avait pas mâché ses mots devant les médias puisqu’elle avait attribué en effet l’échec du Modem à la stratégie générale de son Président F BAYROU et le lendemain elle avait appelé à voter à gauche au second tour. Tout pour déplaire. L’honorable sénateur-maire d’Arras, Jean-Marie VANLERENBERGHE interpellait alors Corinne LEPAGE et réclamait sa démission de son mandat de députée européenne obtenu grâce au MODEM, il stigmatisait son attitude déloyale en des termes peu amènes.
Mais c’est quoi la déloyauté d’un membre fondateur ? est-ce que c’est comme la mauvaise foi d’un co-contractant qui n’exécute pas ses obligations ? Quelle est alors la réciprocité des obligations ? Autant de questions qui auraient mérité un vrai débat démocratique au lieu de se refugier, de façon mesquine, derrière le disciplinaire, un reflexe réactionnaire indigne d’un Mouvement démocrate . Le départ de Corinne LEPAGE aurait mérité un Congrés extraordinaire, une procédure de débats publics et une décision collective sur la ligne politique choisie.
(**)NOTE D’ACTUALISATION du 20 mars 2010
Pourquoi c’est Europe Ecologie qui fait figure de troisième voie, et d’alternative à la bipolarisation actuelle et pas le MODEM ? Après avoir agité sans succès, le binôme écologie-démocratie, Corinne LEPAGE, partisane très tôt d’une alliance avec le mouvement de Daniel COHN BENDIT, s’en va après la déroute attendue des régionales. Et coucou me re voilà c’est Jean Luc BENNAHMIAS qui va porter les couleurs verte-orange, à la tête du nouveau mouvement ” Ecologie et démocratie “ : un slogan déjà entendu et habilement utilisé comme en tête de son site de think tanks.“Corinne LEPAGE aurait du démissionner plus tôt” , dit -il, propos récupérateurs qui ne sauraient surprendre de la part d’un opportuniste qui sait aussi se montrer d’un cynisme politique étonnant : «Le parti est un tremplin pour la présidentielle. Ceux qui pensaient le contraire n’ont rien compris»
Vive Bennahmias il a tout compris, serait-il présidentiable pour les écologistes ?
Cet article est publié sur le site d’origine http://christian.nannini.free.fr/ou MOnpostDEMocrate.eu
Comments(0)
